mardi 26 novembre 2013

* Cirque du Soleil – Kooza




Les géants du cirque canadien présentent en France Kooza, un spectacle acrobatique et clownesque créé en 2007. Techniquement parfait, mais émotionnellement décevant. 

On ne présente plus le Cirque du Soleil. Depuis sa création il y a 29 ans, la troupe fondée par Guy Laliberté a contribué à moderniser l’art du cirque en proposant au monde entier des spectacles grandioses mêlant toutes les disciplines de l’art vivant, du cirque au théâtre, de la danse à la vidéo…

Pour Kooza, créé en 2007, l’équipe a travaillé autour de la figure du clown. Le héros du show (l’Innocent) est un être lunaire et mélancolique qui s’interroge sur sa place dans le monde. Il est entouré de multiples personnages aux costumes très colorés et à l’humour ravageur (le Roi, les clowns, le Trickster, le chien Maboul…). Si tous les artistes excellent dans l’exécution de leurs numéros (incroyable « roue de la mort » notamment), je n’ai toutefois pas été convaincue par ce grand show à l’américaine (et à la musique assourdissante….) 

Kooza manque trop de finesse, de délicatesse et de poésie pour être un spectacle inoubliable. Il ravira cependant les amateurs de prouesses acrobatiques hors normes. (En famille, à partir de 7 ans). 
 
Kooza (2h) du Cirque du Soleil sous chapiteau sur l’Ile Seguin, Boulogne. Jusqu’au 19 janvier. http://cirqueenchantier.com/cirqueenchantier

jeudi 21 novembre 2013

*** Le Système Ribadier



Brigitte Enguérand/Comédie française

Zabou Breitman insuffle intelligence et folie à cette comédie de Feydeau. Une réussite totale. 

Pour tromper sa femme Angèle (Julie Sicard), sans risquer de se faire prendre, Ribadier (Laurent Lafitte) l’hypnotise à chacune de ses escapades extraconjugales. Jusqu’au jour où le système bien huilé s’enraye …

Je ne suis pas une inconditionnelle de Feydeau. Si j’ai pris mes places pour ce Système Ribadier, c’est parce que j’aime beaucoup Zabou Breitman et plus encore Laurent Lafitte. J’étais très curieuse de voir ce que ces deux artistes (que j’avais adorés, notamment, dans Des Gens) allaient nous concocter avec ce vaudeville sur fond d’hypnose.  Bilan : je me suis régalée !!!

1/ Une mise en scène délirante. Zabou Breitman réussit un coup de maître pour son premier spectacle à la Comédie française. Sa mise en scène est aussi drôle qu’intelligente, aussi délurée que classieuse, aussi folle dingue que réglée au millimètre. Elle ose tout (même l’hystérie) sans jamais ridiculiser ses acteurs ni tomber dans la trivialité. Elle dépoussière Feydeau (en accentuant son côté absurde) tout en lui restant totalement fidèle. Du grand art !

2/ Des acteurs excellents. Laurent Lafitte, Julie Sicard et Laurent Stocker (dans le rôle de Thommereux, l’amoureux transis d’Angèle qui revient après des années d’exil à Batavia), mais aussi Nicolas Lormeau (dans celui du mari trompé), Martine Chevallier (en bonne corruptible) et Christian Blanc (en cocher amoureux) sont au sommet de leur art. Oui, ils en font des tonnes, mais ça fonctionne ! Et ça fait du bien !!!! Leur énergie est si communicative qu’on ressort de la salle avec, encore, le sourire aux lèvres et une pêche d’enfer.

3/ Un décor superbe. Rendons hommage à Jean-Marc Stehlé, décédé cet été, qui signe ici un décor étonnant. Cela commence devant la façade du théâtre, dans la rue du Vieux Colombier reconstituée, avant de se poursuivre dans le salon bourgeois du couple Ribadier. Je n’en dis pas plus. Je vous laisse le découvrir… 

Le Système Ribadier (1h40) de Georges Feydeau, mise en scène de Zabou Breitman à la Comédie-Française – Théâtre du Vieux Colombier. Jusqu’au 5 janvier. www.comedie-francaise.fr

mercredi 20 novembre 2013

*** Les Garçons et Guillaume, à table !

@PoirierWikispectacle

A l'occasion de la sortie au cinéma du film de Guillaume Gallienne "Les Garçons et Guillaume, à table !", je republie cet article sur le fabuleux seul-en-scène qui a inspiré ce premier long-métrage (que j'ai terriblement hâte de découvrir).

Article paru en 2008. 
 
On peut être sociétaire de la Comédie française et s’épanouir en dehors de Shakespeare, Molière ou Racine. La preuve avec Guillaume Gallienne, qui en plus de nous faire rire chaque semaine dans Le Grand Journal de Canal Plus, nous livre avec son premier solo théâtral la confession autobiographique la plus drôle et la plus intelligente du moment. 

C’est une amie, pourtant peu portée sur les seuls-en-scène humoristiques, qui m’avait conseillé en mars 2008 (alors qu'il n'était pas encore connu) le spectacle de Guillaume Gallienne : « Tu vas voir, c’est non seulement à mourir de rire, mais aussi terriblement brillant. » Merci Marie !!!! Les Garçons et Guillaume, à table ! est effectivement un bijou d’humour, de culot, de finesse et d’intelligence. 

L’histoire ? C’est celle d’un petit garçon – Guillaume Gallienne lui-même – qui fut considéré toute son enfance comme une fille. D’où quelques malentendus… et des scènes hilarantes, racontées façon stand-up, avec sa mère (à l’origine de la méprise et de la fameuse formule, « les garçons et Guillaume à table ») mais aussi avec tous ceux, croisés pendant sa jeunesse atypique (et sans doute douloureuse), qui ont considéré ses attitudes maniérées comme des preuves de son homosexualité et qu’il croque aujourd’hui avec un humour mordant : une prof de flamenco, un psy de l’armée, sa grand-mère russe, un directeur de casting…

Si Guillaume Gallienne est terriblement doué pour l’imitation (il prend les accents comme personne), il est également doté d’une sensibilité profonde. Résultat, Les Garçons et Guillaume, à table ! n’est pas seulement un spectacle très très très drôle autour de quelques personnages hauts en couleur, c’est aussi et surtout une pièce pleine de tendresse, de délicatesse et de profondeur sur un homme à la recherche de son identité. C’est aussi une pièce qui prouve, parce qu’elle est brillamment écrite, que Guillaume Gallienne n’est pas qu’un sublime acteur. Mais qu’il est également un très bel auteur. A suivre de très près. 

Les Garçons et Guillaume, à table ! (1H20) de Guillaume Gallienne, mise en scène de Claude Mathieu (Comédie française).

vendredi 15 novembre 2013

*** La famille Semianyki




Créé en 2002, ce spectacle clownesque interprété par six artistes russes n’en finit pas de séduire les foules du monde entier. Un succès amplement mérité. 

Les incomparables clowns russes formés au Teatr Licedei (célèbre école de Saint-Pétersbourg) ont joué leur spectacle des centaines de fois sur toutes les scènes du monde, de l’Europe à l’Amérique en passant par l’Asie, le Brésil et même Tahiti ! Avec l’énergie de leur début, ils reviennent en France nous narrer les tribulations de leur famille totalement déjantée et déglinguée.

Sur la scène, les six trublions (quatre filles, deux garçons) nous font pénétrer dans le quotidien de leur drôle de tribu. Entre le père alcoolique, la mère enceinte, le fils et les trois sœurs, on ne s’ennuie pas une seconde ! Sans prononcer une parole, mais avec un art de mimer les situations absurdes sans pareil, les membres de la famille Semianyki nous entraînent dans leur délire. C’est excessif, sensible, intelligent, chaleureux et singulier. Un véritable coup de cœur qui n’est pas sans rappeler la folie poétique du merveilleux Slava’s Snowshow de Slava Polunin. 

La Famille Semianyki (1h40) au Palace. Jusqu’au 5 jan. www.theatrelepalace.fr

dimanche 10 novembre 2013

*** Gauthier Fourcade - Le Secret du temps plié




Gauthier Fourcade est un poète-humoriste jonglant merveilleusement avec les mots. Son univers subtil, drôle et profond est à découvrir d’urgence.

Gauthier Fourcade est un grand rêveur à la chevelure frisée grisonnante et au visage lunaire. A la manière de Raymond Devos, il jongle avec les mots, manie brillamment l’absurde et nous transporte dans un monde surréaliste, délicat, mélancolique et enfantin.

Dans Le Secret du temps plié, il attend sa femme qui a choisi de ne pas rentrer. Appréhendant une longue nuit blanche, il choisit d’élaborer des théories métaphysiques sur les petites choses de la vie : le temps, l’amour, l’espoir, la mort et surtout l’enfance, cet âge d’or où le temps ne se mesurait pas en années, mais en centimètres « C’était il y a 3 centimètres. J’étais le maître du monde ! »

« Il pleut des cordes et j’ai envie de me pendre », « Quelle est la différence entre le temps qu’il fait et le temps qui passe ? » « Je pensais que le secret du temps plié, c’était un fabuleux trésor, mais ne plus craindre la mort, n’est-ce pas plus précieux que de l’or ? » Chaque phrase de Gauthier Fourcade est une citation qu’on a envie d’apprendre par cœur. Chaque passage du Secret du temps plié est un questionnement philosophique faussement naïf qui éveille notre imaginaire, nous fait rire ou nous émeut pour au final nous réchauffer le cœur. Quel bonheur !

Le Secret du temps plié (1h30) de Gauthier Fourcade, mise en scène de François Bourcier. A La Comédie Bastille, jusqu’au 30 mars. www.comedie-bastille.com

vendredi 8 novembre 2013

*** The Old Woman



@Lucie Jansch


Bob Wilson / Willem Dafoe / Mikhail Baryshnikov. Merci messieurs pour ce spectacle éblouissant.

Paris célèbre l’immense auteur et metteur en scène américain Bob Wilson. Avant d’être l’invité du musée du Louvre (du 11 novembre au 17 février) et l’hôte d’honneur du Théâtre du Chatelet où il présentera Peter Pan (en décembre) avec le mythique Berliner Ensemble et Einstein on the Beach (en janvier), son opéra de légende créé en 1976 sur une musique de Philip Glass, il est depuis hier soir au Théâtre de la Ville avec The Old Woman, un spectacle d’après l’œuvre du poète russe d’avant-garde, Daniil Kharms (1905-1942) qui mourut en asile psychiatrique sous Staline. 
 
Pour porter l’œuvre absurde de Daniil Kharms, Bob Wilson a fait appel à deux artistes monstrueux de talent : l’acteur hollywoodien Willem Dafoe et le danseur russe Mikhail Baryshnikov. J’ai eu la chance, hier soir, d’être assise au premier rang. Quel bonheur de voir de si près ces deux interprètes virtuoses, ces deux clowns au visage fardé de blanc, ces deux diables en costumes sombres nous entrainer dans un monde burlesque, étrange, surréaliste, à la fois drôle et inquiétant, souvent à la limite du fantastique. Un monde où des vieilles dames tombent d’une fenêtre, où l’on donne l’heure avec des pendules sans aiguilles et où l’on ne sait plus si le 8 vient après le 7. 

Avec ce spectacle, qui n’est pas sans rappeler Chaplin, Buster Keaton ou Tim Burton, Bob Wilson, Willem Dafoe et Mikhail Baryshnikov m’ont touché au cœur. Merci !!!
 
The Old Woman (1h30) de Daniil Kharms, mise en scène de Robert Wilson au Théâtre de la Ville. Jusqu’au 23 novembre. www.theatredelaville-paris.com