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mercredi 24 septembre 2014

*** Chère Elena




@Pascal Gely
C’est l’histoire d’une professeure russe de mathématique, Elena Sergueievna, qui se retrouve séquestrée chez elle par quatre de ses élèves. Ceux-ci souhaitent obtenir la clef du coffre dans lequel elle conserve leurs copies d’examen. Didier Long met en scène ce huis-clos intense et cruel de Ludmilla Razoumovskaä qui met face à face deux générations, l’une idéaliste et humaniste, l’autre arriviste, individualiste et machiavélique. 

Montée comme un thriller haletant, Chère Elena est un petit bijou de théâtre magistralement interprété par Myriam Boyer et quatre jeunes comédiens épatants : Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock et Jeann Ruff. Des noms à retenir. Et une pièce à ne ma manquer. Mon coup de cœur de la rentrée.

Chère Elena (1h40) de Ludmilla Razoumovskaä, mise en scène de Didier Long. Jusqu’en janvier 2015 au Poche Montparnasse, www.theatredepoche-montparnasse.com



mardi 29 juillet 2014

*** Chloé Moglia - Horizon




La trapéziste Chloé Moglia n’en finit pas d’explorer la question de la suspension.

Chloé Moglia, artiste associée au Centquatre, est une danseuse et circassienne formée au trapèze et aux arts martiaux. Dans tous ses spectacles (Rhizikon, Le Vertige, Opus Corpus…), elle interroge la sensation du vide et la question du risque comme pour analyser la passion qui l’anime depuis l’enfance.

Dans Horizon, forme courte, intime et très dépouillée de 30 minutes, on la retrouve suspendue à 6 mètres de hauteur, au bout d'une longue perche recourbée. Une fois encore, elle semble avoir imaginé cette mise en espace pour questionner les raisons qui, en tant que trapéziste, la pousse à se suspendre dans les airs et à défier le vide. Qu’est-ce qui l’amène à quitter la terre ferme pour s’accrocher à une barre au-dessus du sol ? Tout en douceur, elle amorce des réponses et nous fait partager son amour pour son art.

Chloé Moglia - Horizon (30 min). Du 27 juillet au 1er Aout au Domaine départemental de Chamarandes (91) http://www.quartierdete.com

samedi 1 mars 2014

*** Le roi se meurt




Michel Bouquet reprend son rôle de souverain ne voulant pas mourir dans Le Roi se meurt de Ionesco. En 2005, sa prestation lui avait valu le Molière du meilleur comédien. 

Dans un royaume dont l'étendue s'est réduite au fil des ans comme une peau de chagrin, Béranger Ier apprend de la bouche de son médecin, devant sa servante et ses deux épouses (la belle et jeune Marie et la vilaine et brusque Marguerite) qu'il ne lui reste plus qu'1h30 à vivre. Mais le roi ne veut pas mourir.

C'est d'abord pour applaudir Michel Bouquet que je suis allée voir Le Roi se meurt. C'est avec lui que j'ai découvert le théâtre. C'était à la fin des années 1980, j'avais dix ans et ma maman m'avait emmenée voir Le Malade imaginaire puis L'Avare. Quels souvenirs !

Vingt ans plus tard, Michel bouquet, 88 ans est toujours aussi brillant acteur ; toujours aussi doué autant dans la bouffonnerie que dans le pathétique ; toujours aussi "habité" par le rôle qu'il interprète. Son lent chemin vers la mort est ici absolument exceptionnel.

En plus du jeu magistral de Michel Bouquet, saluons la performance des autres comédiens de ce Roi se meurt mis en scène par Georges Werler, et particulièrement celle de Juliette Carré (madame Bouquet à la ville), absolument irrésistible dans le rôle de la reine Marguerite, première épouse revêche (et très drôle) d'un roi grotesque et attachant qui finira, après 400 ans de règne, par accepter de quitter ce monde.

Le Roi se meurt (1h40) d'Eugène Ionesco, mise en scène de Georges Werler. Au Théâtre Hébertot, jusqu'au 30 mars. http://theatrehebertot.com

jeudi 13 février 2014

*** Kabaret Warszawski



@Magda Hueckel/Nowy Teatr


Après Avignon, le brillant metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski présente à Chaillot son Kabaret Warszawski, un spectacle frénétique, féroce et tumultueux qui convoque deux périodes de notre histoire récente pour fustiger le retour du populisme et d'un certain ordre moral en Europe.

Inspirée du film Cabaret de Bob Fosse (lui-même inspiré d’Adieu à Berlin de Christopher Isherwood), la première partie se déroule dans le Berlin des années 1930. On y suit l’ambitieuse et aguicheuse chanteuse Sally Bowles à l’heure de la montée du nazisme. Dans la seconde partie, Krzysztof Warlikowski adapte le sulfureux film de John Cameron Mitchell présenté à Cannes en 2006, Shortbus, et s’inspire de l’autobiographie du transsexuel américain Justin Vivian Bond. Nous sommes dans le New-York post 11 septembre. Il est question d’orgasme, d’homosexualité, d’orgies sexuelles, de frigidité et de domination. 
 
Le spectacle s’achève déjà demain soir… Le temps me manque pour vous dire tout ce que j’ai ressenti pendant les 4h30 de ce cabaret tour à tour flamboyant, trash, émouvant, transgressif et pessimiste... Je m’offre juste quelques minutes pour saluer : 
 1/ Les 15 comédiens, chanteurs, danseurs du Nowy Teatr. Ils sont époustouflants d’engagement.  
2/ La scénographie de Malgorzata Szczesniak. Elle est magnifique de simplicité. 
3/ Le regard de Krzysztof Warlikowski sur son art. A la question, pourquoi avez-vous imaginé ce Kabaret Warszawski ? Le metteur en scène polonais répond : « Par inquiétude. Nous vivons un moment étrange, nous gardons notre calme et faisons semblant que tout va bien. Pourtant, il est évident que ce n’est pas vrai. À mon avis, les artistes sont là pour remuer ce qui est bien tassé. » J’approuve.


Kabaret Warszawski (4h30) de Krzysztof Warlikowski à Chaillot. Jusqu’au 14 février. http://theatre-chaillot.fr

mardi 11 février 2014

*** Acrobates




Dédiée à Fabrice Champion (trapéziste de la fabuleuse compagnie des Arts Sauts aujourd'hui disparu), Acrobates est une ode à la vie, à l’amitié et à l’acrobatie. Extraordinaire.

Le destin de Fabrice Champion est singulier. Trapéziste génial, co-fondateur de la célèbre compagnie des Arts Sauts (leurs spectacles, entièrement dans les airs, se regardaient assis sur des chaises-longues. J’ai eu la chance d’en voir un, juste avant la fin de l’aventure en 2007), Fabrice Champion était devenu tétraplégique en 2004 à la suite d’un accident en répétition. Après des mois de rééducation, il s’apprêtait à revenir sur scène avec deux jeunes circassiens aussi talentueux que généreux, Alexandre Fournier et Mathias Pilet. Un voyage au Pérou en a décidé autrement. Fabrice Champion est mort en novembre 2011 à la suite d’une cérémonie chamanique qui a mal tourné. Il avait 39 ans.
 
Après le drame, Alexandre Fournier et Mathias Pilet ont poursuivi leur travail. Ils ont présenté Nos limites avec le chorégraphe Radhouane el-Meddeb, le projet sur lequel ils travaillaient avec Fabrice Champion depuis deux ans et pour lequel ils avaient inventé le concept de « tétradanse » (danse pour tétraplégique).  Puis avec Olivier Meyrou et Stéphane Ricordel (ancien des Arts Sauts et directeur du Monfort), ils ont imaginé Acroabates, un spectacle qui mêle cirque, images documentaires, enregistrements sonores et musique. Un spectacle qui n’est pas un hommage larmoyant à leur ami disparu mais un poème sur la transmission, une ode à la vie, à l’amitié et à l’acrobatie. Cette discipline qui les unit tous les trois et qui n’est pas qu’une technique de cirque mais une manière d’être et de vivre. Sublime.   

« Acrobate ce n’est pas uniquement faire de l’acrobatie ou alors l’acrobatie n’est pas uniquement un répertoire de figures données à inventer. C’est une manière différente d’aborder l’espace qui nous entoure donc d’aborder la vie. C’est faire le choix d’un chemin différent, un voyage intérieur où l’on rencontre son essence. Ce sont les chemins illimités de l’acrobatie comme une danse effrénée pour échapper aux peurs, un déplacement différent pour changer le regard de l’autre. C’est aussi une autre manière de regarder le monde. »  

Acrobates (1h20), mise en scène de Stéphane Ricordel au Centquatre. Du 11 au 19 février. 

dimanche 26 janvier 2014

*** Le Cercle des Illusionnistes

@Mirco Magliocca


Alexis Michalik pouvait-il encore nous enchanter après son fabuleux Porteur d’histoire ? La Réponse est OUI !!! OUI. OUI. OUI.

Alexis Michalik aime raconter des histoires, mêler les époques, convoquer des figures historiques et leur faire côtoyer des héros d’aujourd’hui. Comme il était impossible de résumer Le Porteur d’histoire, sa fabuleuse précédente création, il est inutile d’essayer de raconter Le Cercle des illusionnistes. Ce spectacle est une épopée moderne, magistralement interprétée par six comédiens, dans laquelle il est question de magie, d’amour, de coupe d’Europe de football, de cinéma… C’est un tourbillon épique dans lequel on croise aussi bien l’horloger magicien Jean-Eugène Robert-Houdin et l’inventeur du trucage au cinéma Georges Meliès que le mystérieux Décembre et la magnifique Avril. C’est une fresque romanesque qui nous conduit de Blois à Londres, de la cour de Russie aux boulevards des Italiens, du XIXe siècle au 23 juin 1984. 
 
Le Cercle des illusionnistes est une pièce magique, qui comme Le Porteur d’histoire, me rappelle mon enfance, cette douce époque où ma maman me racontait des histoires pour m’endormir. C’est une pièce essentielle qui explique, renforce et conforte mon amour démesuré pour le théâtre. 

Le Cercle des illusionnistes (1h30) de et par Alexis Michalik à La Pépinière Théâtre. Jusqu’au  29 juin. www.theatrelapepiniere.com

mardi 7 janvier 2014

Le Paris des Femmes




La troisième édition du festival "Le Paris des Femmes", qui célèbre la création théâtrale au féminin, se tient ce week-end au Théâtre des Mathurins. J’ai eu la chance de dialoguer avec l’équipe artistique. Compte-rendu d’une très jolie rencontre où il fut question de théâtre, de femmes, d’amitié, d’échanges…

Le rendez-vous a lieu dans l’espace bar du théâtre des Mathurins. Anne Rotenberg (directrice littéraire et artistique du Festival de la correspondance de Grignan), Michèle Fitoussi (romancière, journaliste et ancienne éditorialiste au magasine Elle) et Véronique Olmi (romancière et dramaturge) sont réunies pour nous parler du pari fou qu’elles ont pris il y a trois ans : organiser un rendez-vous théâtral festif et convivial autour de textes exclusivement écrits par des femmes. « Nous voulions lutter contre la morosité générale ambiante », commence Véronique Olmi. « Intuitivement, nous savions qu’il est plus difficile pour une femme que pour un homme d’être joué sur une scène de théâtre… D’où notre envie de ne travailler qu’avec des auteures », poursuit Michèle Fitoussi.

Cette année, elles sont neuf romancières à avoir relevé le défi, à savoir, écrire une pièce en un acte (4 000 mots/ trois personnages et 30 minutes maximum) sur le thème « La vie : modes d’emploi ». L’affiche est époustouflante : Karine Tuil, Emilie Frèche, Delphine de Vigan, Florence Huige, Carole Martinez, Véronique Olmi, Fabienne Périneau, Alice Zeniter et Blandine Le Callet. Cette dernière, très enthousiaste, témoigne : « Lorsque l’équipe du festival m’a contactée, j’étais à la fois heureuse et inquiète. Je n’avais jamais travaillé pour le théâtre. L’écriture est totalement différente que pour un roman. On se concentre sur le dialogue, on enlève la béquille de la narration.  Finalement, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Comme j’ai aimé, pour un temps, quitter la solitude de l’écriture pour vivre une belle expérience collective ». Car le Paris des Femmes, c’est aussi ça : une histoire de rencontres, d’échanges, de partage, d’amitié et de confiance entre les romancières, les metteurs en scène (ils sont trois cette année) et les vingt comédiens (Isabelle carré, Fanny Cottençon, OceaneRosemarie, Raphaël Mezrahi…) qui donneront vie aux textes dans le cadre de lecture-spectacle.  

Le Paris des Femmes, c’est un rendez-vous indispensable qui nous fait oublier, le temps de trois soirées de fête, que 75 % des textes joués au théâtre en France sont écrits par des hommes…

Programme


Vendredi  10 janvier  
LECTURES SPECTACLES - 20H30
Les épines de la terre de Carole Martinez, Savoir Vivre de Blandine Le Callet, Je ne serai plus jamais vieille  de Fabienne Périneau. Mise en espace : Jean-Philippe Puymartin
 

Avec Clothilde MOLLET, Mathilde WAMBERGUE, Patrick RAYNAL, Sophie MOUNICOT, Dimitri RATAUD, Sophie RODRIGUES

Samedi 11 janvier
CONFERENCE – 17H
Quand les auteurs écrivent pour des comédiens : la naissance des emplois (au théâtre, du 18e au 20e siècle). Avec Julia de GASQUET, comédienne et historienne du théâtre

LECTURES SPECTACLES - 20H30
Merci de Delphine de Vigan, Des baisers, pardon de Véronique Olmi, Bancale de Emilie Frèche. Mise en espace : Murielle Magellan

Avec Isabelle CARRE, Arié ELMALEH, Jean CHAVOT, Océane ROSE MARIE, Lara SUYEUX, Clémentine YELNIK

Dimanche 12 janvier
RENCONTRES LITTÉRAIRES – 16H et 17H30
Avec Blandine LE CALLET, Carole MARTINEZ, Fabienne PERINEAU, Emilie FRECHE, Véronique OLMI, Delphine de VIGAN, Florence HUIGE, Karine TUIL, Alice ZENITER

LECTURES SPECTACLES - 19H
La Quarantaine de Karine Tuil, D'une infinie élégance de Alice Zeniter, Clémence ou comme si.. de Florence Huige. Mise en espace : Alexandre Zambeaux

Avec Fanny COTTENÇON, Vincent DISSEZ, Tadrina HOCKING, Matila MALLIARAKIS, Raphaël MEZRAHI, Fatou N’DIAYE, Didier TROUBOUL, Arnaud TSAMERE
 

Le Paris des Femmes. Du 10 au 12 janvier au Théâtre des Mathurins, www.theatredesmathurins.comhttp://parisdesfemmes.blogspot.fr