samedi 20 novembre 2010

* Alain Platel - Gardenia


@Christophe Raynaud De Lage

Après son succès à Avignon, Gardenia est repris sur la scène de Chaillot à Paris. Impression en demi-teinte.

Malgré de bons échos et une très longue tournée en France (et à l'étranger), je n'ai pas vu Regarde maman, je danse de la transsexuelle Vanessa Van Durme. Je décide de me rattraper en allant voir Gardenia, projet dans lequel elle tient le rôle titre sous la direction d'Alain Platel et Frank Van Laecke (des ballets C de la B). Le sujet me tente. Il s'agit du dernier spectacle de huit (vrais) anciens artistes travestis qui ont depuis une vie plus rangée. Ils ont entre 56 et 67 ans. Et ont décidé de nous offrir un ultime show.

Si la première partie du spectacle me ravit (notamment le magnifique tableau où les "retraités" enlèvent leur costume sombre pour des petites robes légères et fleuries), la fin me déçoit et m'ennuie. Dommage que l'émotion si belle du début laisse place à des scènes trop longues et parfois sans finesse. A regret, Gardenia ne m'a pas touché.

Gardenia (1h45), mise en scène d'Alain Platel et Frank Van Laecke. A Chaillot, jusqu'au 27 nov. http://theatre-chaillot.fr

mardi 26 octobre 2010

*** Nono

@Marcel Hartmann/Getty images
@Marcel Hartmann/Getty images
@Marcel Hartmann/Getty images

Après avoir offert à Audrey Tautou le rôle de Nora dans Maison de poupée, Michel Fau confie à Julie Depardieu celui de Nono dans la pièce éponyme de Guitry. Rafraichissant !

Je suis fan de Michel Fau. L'année dernière, je l'ai autant aimé à la Madeleine dans Maison de poupée qu'au Rond-Point dans L'impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau. Quelle excitation donc de le retrouver de nouveau sur les planches en ce début de saison avec une comédienne que je n'ai jamais vu sur scène (Julie Depardieu) et un acteur que j'adore (Xavier Gallais). Le théâtre de la Madeleine me voilà !

Bilan après 1h40 de spectacle.

1/Julie Depardieu est géniale dans le rôle de Nono, cette cocotte en tenues à paillettes qui ne vit que pour faire la noce et dont le cœur balance entre deux meilleurs amis, un fils à papa insouciant (Xavier Gallais) et un poète blasé (Michel Fau). Comme tous les autres acteurs (il ne faut surtout pas oublier de citer Brigitte Catillon), elle assume parfaitement le côté kitsch de la pièce sans pour autant jamais surjouer ni se caricaturer.

2/C'est que le théâtre de Guitry va bien à Michel Fau. Le complice d'Olivier Py réussit en effet divinement à adapter cette œuvre de jeunesse du maître du théâtre de boulevard. Outre la qualité des acteurs, des décors et des costumes (voir les images ci-dessus) saluons le parti pris du metteur en scène qui réussit autant à nous faire rire qu'à nous toucher avec cette adaptation volontairement second degré et délicieusement burlesque. Bravo !

Nono (1h40) de Sacha Guitry, mise en scène de Michel Fau. Au Théâtre de la Madeleine, jusqu'au 31 déc. www.theatremadeleine.com

dimanche 24 octobre 2010

** Agathe de la Boulaye – Le Monde selon bulle

@Eleonore de Bonneval

Pour son premier seul-en-scène, Agathe de la Boulaye a choisi de nous plonger dans le monde de l’enfance et de l’adolescence. Un spectacle à la fois drôle et profondément touchant.

C’est grâce à Guillaume Gallienne que je suis allée voir Le Monde selon Bulle. Non, mon comédien préféré du moment (cf. Les garçons et Guillaume, à table !) ne m’a pas appelé en me disant : « Judith, ma chérie, il faut absolument que tu ailles voir Agathe de la Boulaye sur scène. Elle est incroyable ! » Non, évidemment que non. Il m’a juste glissé un mot (imprimé dans le dossier de presse du Monde selon Bulle) qui m’a fait courir la découvrir : « Je n’ai jamais vu un spectacle seul-en-scène aussi drôle, poignant et poétique. Entre Zouk, Michel Gondry et la Comtesse de Ségur ». Pour moi, Guillaume, le meilleur seul-en-scène de tous les temps, c’est le tien. Mais va pour découvrir ta petite protégée.

Agathe de la Boulaye, en tunique et pantalon blancs, arrive sur la scène avec un visage lumineux et un sourire généreux. Elle est Bulle. Une petite fille avec plein de rêves dans la tête et deux supers amis imaginaires : le Centaure (avec qui elle rêve de s’envoler après l’école) et Baloo (son meilleur copain du Livre de la jungle). Avec eux, Bulle est l’enfant la plus heureuse du monde. Mais, on ne vit pas dans un monde qui accepte que l’on ait pour plus fidèle compagnon, un ours… Bulle est alors placée dans une clinique « pour ceux qui n’ont pas réussi à rentrer dans le moule ». Elle y grandit jusqu’à y devenir une adolescente et enfin un jeune adulte.

Seule en scène, Agathe de la Boullaye interprète avec une infinie tendresse cette petite fille qui refuse de renoncer à ses rêves d’enfant. Elle campe aussi, avec beaucoup de finesse et d’humour, les personnages qui l’entourent : sa copine un peu neu-neu Maryline (mais qui lui apprendra, dans une scène hilarante, comment séduire un garçon), sa grand-mère vieille-France, « gratte-gratte », pour laquelle elle a une grande tendresse, sa mère borderline, qu’elle appelle non pas maman mais « Divine » (!)…

Dans Le Monde selon Bulle, Agathe de la Boulaye est tour à tour drôle, émouvante, pudique, généreuse. Elle livre avec cette pièce – mise en scène par Claude Mathieu dont on reconnaît la patte brillante – un premier spectacle d’une grande tendresse et d’une magnifique humanité. Merci Guillaume ! Agathe de la Boulaye est effectivement une comédienne et une auteure à découvrir et à suivre.

Le Monde selon Bulle (1h30) d’Agathe de la Boulaye, mise en scène de Claude Mathieu (de la Comédie française). Au Petit Hébertot, à partir du 15 sep 2010. Prolongation jusqu'au 30 nov. www.petithebertot.fr

lundi 18 octobre 2010

*** Le Cas Jekyll

@Elisabeth Carecchio

Dans cette pièce de Christine Montalbetti, Denis Podalydès s’empare du célèbre personnage imaginé par Robert-Louis Stevenson. Seul en scène, il livre une interprétation époustouflante.

S’il fallait une preuve supplémentaire pour se convaincre de l’immense talent de Denis Podalydès, on citerait sans hésiter son incroyable prestation dans Le Cas Jekyll, monologue philosophique sur les pulsions les plus profondes de l’âme humaine adapté du mythe imaginé par Robert-Louis Stevenson dans L'Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde.

Seul en scène, dans un décor brumeux londonien très réussi, il est tour à tour le bon Dr. Henry Jekyll, homme chic et so british se baladant le long de la Tamise dans un élégant costume de tweed et le méchant Mr. Hyde, son double maléfique, personnage violent et meurtrier créé pour assouvir ses pulsions les moins avouables. Avec pour unique accessoire une main velue, Denis Podalydès passe de l’un à l’autre avec un art époustouflant de la métamorphose. Jusqu’à la confession finale, enregistrée sur une cassette audio, où le malheureux médecin raconte la vérité et avoue ne plus pouvoir contrôler son double démoniaque, on est happé par le jeu juste et brillant de l'acteur.

Denis Podalydès a eu raison de s’aventurer hors de la Comédie française. Avec Emmanuel Bourdieu (qui signe avec lui la mise en scène), Eric Ruf (à la scénographie) et Christian Lacroix (aux costumes), il livre un spectacle sombre et intense sur la dualité de l'âme humaine. Magistral.

Le Cas Jekyll (1h15), de Christine Montalbetti, mise en scène de Denis et Podalydès et Emmanuel Bourdieu. Au Théâtre de l'Ouest parisien, du 19 au 21 oct. www.top-bb.fr.

jeudi 7 octobre 2010

*** Angelin Preljocaj et le Ballet du Théâtre du Bolchoï - Suivront mille ans de calme

@JC Carbonne
@JC Carbonne
@JC Carbonne
@JC Carbonne
@JC Carbonne

MAGNIFIQUE !!! Chaillot me comble de joie en ce début de saison. Après Wajdi Mouawad en septembre, j'ai eu la chance de voir hier soir la dernière création d'Angelin Preljocaj avec le ballet du théâtre du Bolchoï (sur un musique du DJ Laurent Garnier). Je ne résiste pas à la tentation de partager quelques uns des tableaux de ce spectacle sublime.

Suivront mille ans de calme (1h40) d'Angelin Preljocaj. Au Théâtre national de Chaillot, jusqu'au 22 oct. http://theatre-chaillot.fr

dimanche 3 octobre 2010

Mon agenda d'octobre

Preljocaj/Suivront mille ans de Calme@Damir Yusupor/théâtre du Bolchoï

Où va-ton ce mois-ci au théâtre ? Petite sélection des lieux qui accueillent des pièces que j'ai aimées ou que je voudrais voir. En octobre, je vais...

... A Chaillot pour découvrir Suivront mille ans de calme, la dernière création d'Angelin Preljocaj (avec le Ballet du Théâtre du Bolchoï et sur une musique de Laurent Garnier). Parce qu'il n'y a pas que le théâtre dans la vie ! Et surtout parce que Preljocaj est tout simplement l'un des meilleurs chorégraphes contemporains. Du 1er au 22 oct. http://theatre-chaillot.fr

... Au Théâtre Marigny pour la reprise de La Fabbrica d'Ascanio Celestini montée par Charles Tordjman, un metteur en scène dont j'avais adoré l'adaptation de Vers toi terre promise (tragédie dentaire) de Jean-Claude Grumberg. Du 1er au 24 oct. www.theatremarigny.fr

... A la MC 93 (Bobigny) pour La Tempête... nouveau spectacle de Georges Lavaudant mêlant deux pièces de Shakespeare, La Tempête et Le Songe d'une nuit d'été. Du 1er au 24 oct. www.mc93.com

... A l'Européen pour rire avec Gaspard Proust, un humoriste dont on dit le plus grand bien. Du 5 oct. au 6 nov. www.leuropeen.info

... A l'Espace chapiteau du parc de la Villette pour partager l'ambiance foraine de la compagnie Arsenic à travers sa nouvelle création, Le Géant de Kaillas. Du 6 au 31 oct. www.villette.com

... A la Pelouse de Reuilly pour le très bon festival de cirque organisé par la coopérative 2r2c, Village de cirque. Parmi les spectacles à découvrir cette année, la nouvelle création du Collectif AOC, Autochtone. Du 7 au 31 oct. www.2r2c.coop

... Au Théâtre de Ménilmontant pour écouter le philosophe-humoriste Yves Cusset nous présenter son Manuel d'engagement politique "à l'usage des mammifères doués de raison et autres hominidés un peu moins doués". Du 7 oct au 23 déc. http://menilmontant.info

... Au Théâtre du Rond-Point pour plonger au cœur de la société argentine avec Le Cas de la famille Coleman de Claudio Tolcachir. Dans le cadre du Festival d'Automne. Du 16 oct. au 13 nov. www.theatredurondpoint.fr

... Au Théâtre de l'Ouest parisien (Boulogne) pour revoir Denis Podalydès s'emparer du célèbre personnage imaginé par Robert-Louis Stevenson dans Le Cas Jekyll. Son interprétation est époustouflante. Du 19 au 21 oct. www.top-bb.fr

... Au Petit Montparnasse pour découvrir Les Soliloques de Mariette, d'après Belle du seigneur d'Albert Cohen. Parce que j'ai entendu beaucoup de bien de ce petit spectacle interprété par Anne Danais, apparemment épatante. Jusqu'au 31 déc. www.theatremontparnasse.com

... Au Théâtre des Mathurins pour voir Aurore Auteuil dans Le Vieux Juif Blonde. Parce que j'avais adoré le texte d'Amanda Sthers (interprété par Mélanie Thierry) et que je me languis de le réécouter dans la bouche d'une autre comédienne. Jusqu'au 31 déc. www.theatremm.com

... Au Petit Théâtre de Paris pour La Mère de Florian Zeller, mise en scène par Martial Di Fonzo Bo avec la grande Catherine Hiegel dans le rôle titre. Jusqu'au 31 déc. www.theatredeparis.com

Et toujours…

Au Théâtre du Rond-Point, Une femme à Berlin (jusqu'au 10 oct.) ; au Théâtre Silvia Monfort, La Compagnie des spectres (jusqu'au 31 oct.) ; au Théâtre de la Madeleine, Nono (jusqu'au 31 déc.) ; à la Manufacture des Abbesses, Gauthier Fourcade (jusqu'au 31 déc.) ; au Théâtre Trévise, Sophia Aram (jusqu'au 31 déc.) ; à la Comédie des Champs-Elysées, Le Roi se meurt (jusqu’au 2 jan 11.)

mardi 21 septembre 2010

** Une femme à Berlin

@Brigitte Enguérand

Isabelle Carré prête sa voix au témoignage d'une Berlinoise pendant la guerre. Poignant.

Publié pour la première fois en Allemagne en 1959, Une femme à Berlin a provoqué un tel scandale que son auteure (Marta Hillers, journaliste de 34 ans au moment de l'écriture du livre) demanda que son texte ne soit plus édité de son vivant. Que raconte ce journal intime, écrit entre le 20 avril et le 22 juin 1945 dans un Berlin déserté, et que la douce Isabelle Carré donne aujourd'hui à entendre, de si dérangeant ?

Il dit le viol massif des femmes allemandes par des soldats soviétiques sûrs de leur supériorité et de leur bon droit (ne font-ils pas que venger les horreurs commises par les nazis à leur encontre ?) Il dit le rejet que les Allemands témoignèrent à l'égard de leurs compagnes violées à leur retour de la guerre (le fiancé de Marta, présent au tout début de la pièce, lui reproche l'impudeur de son journal avant de la quitter pour toujours). Il dit aussi et surtout l'acceptation des violences sexuelles par ces femmes devenues des butins de guerre. Plutôt le viol que la mort ! Voilà en substance ce qu'écrit Marta Hillers dans son journal, elle qui raconte, avec autant de force et de courage, comment elle se plaça sous la protection de soldats gradés pour rester en vie. Parce qu'en 1945, les femmes allemandes n'avaient pas d'autres choix.

Isabelle Carré, à la fois forte et fragile, porte avec beaucoup de sobriété et de pudeur le texte de Marta Hillers. Les spectateurs qui ont lu Une femme à Berlin ont souvent été déçus par l'adaptation théâtrale de Tatiana Vialle. Moi qui ignorais le livre, j'ai découvert grâce à cette mise en scène un témoignage historique aussi important que bouleversant.

Une femme à Berlin (1h20) mise en scène de Tatiana Vialle. Au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 10 oct. www.theatredurondpoint.fr

jeudi 16 septembre 2010

** Le Roi se meurt

@Franck Perry

Michel Bouquet reprend son rôle de souverain ne voulant pas mourir dans Le Roi se meurt de Ionesco. En 2005, sa prestation lui avait valu le Molière du meilleur comédien.

Dans un royaume dont l'étendue s'est réduite au fil des ans comme une peau de chagrin, Béranger Ier apprend de la bouche de son médecin, devant sa servante et ses deux épouses (la belle et jeune Marie et la vilaine et brusque Marguerite) qu'il ne lui reste plus qu'1h30 à vivre. Mais le roi ne veut pas mourir.

C'est d'abord pour applaudir Michel Bouquet que je suis allée voir Le Roi se meurt. C'est avec lui que j'ai découvert le théâtre. C'était à la fin des années 1980, j'avais dix ans et ma maman m'avait emmenée voir Le Malade imaginaire puis L'Avare. Quels souvenirs !

Vingt ans plus tard, Michel bouquet, 84 ans (il fêtera ses 85 ans sur scène le 6 novembre prochain) est toujours aussi brillant acteur ; toujours aussi doué autant dans la bouffonnerie que dans le pathétique ; toujours aussi "habité" par le rôle qu'il interprète. Son lent chemin vers la mort est ici absolument exeptionnel.

En plus du jeu magistral de Michel Bouquet, saluons la performance des autres comédiens de ce Roi se meurt mis en scène par Georges Werler, et particulièrement celle de Juliette Carré (madame Bouquet à la ville), absolument irrésistible dans le rôle de la reine Marguerite, première épouse revêche (et très drôle) d'un roi grotesque et attachant qui finira, après 400 ans de règne, par accepter de quitter ce monde.

Le Roi se meurt (1h40) d'Eugène Ionesco, mise en scène de Georges Werler. A la Comédie des Champs-Elysées, jusqu'au 31 déc.
www.comediedeschampselysees.com

lundi 13 septembre 2010

* La Médaille (pièce avec chenille)

@Mario del Curto

@ Mario del Curto

Zabou Breitman met en scène deux pièces de Lydie Salvayre. Avant de découvrir
La Compagnie des Spectres au Théâtre Silvia Monfort, j'ai vu vendredi La Médaille. Déçue.

Il est des spectacles que l'on est triste de ne pas aimer. La Médaille en fait partie. Sur le papier, pourtant, tout était écrit pour que je passe une délicieuse soirée.

1/ J'adore le Rond-Point. En plus d'être à côté de chez moi (c'est toujours plaisant de rentrer à pied d'un bon spectacle !), j'apprécie la programmation éclectique de Jean-Michel Ribes. 2/ Je suis fan de Zabou Breitman. J'ai particulièrement aimé Des gens, sa dernière pièce adaptée de deux documentaires de Raymond Depardon. 3/ Je trouvais intéressant le postulat de la pièce de Lydie Salvayre : à savoir, stigmatiser le monde de l'entreprise en nous faisant assister à une cérémonie de remise de médailles du travail. Malgré cela... je me suis un peu ennuyée.

Au départ pourtant, cela commence plutôt bien. Sur la grande scène du Rond-Point, transformée en salle polyvalente avec boule à facettes, chaises en plastique et musique des années 1980 en fond sonore, le directeur des ressources humaines de l'usine Bisson (Jean-Luc Couchard) prend la parole : il vient vanter les valeurs de son entreprise et présenter le premier "médaillé" de la soirée. Il s'agit d'Auguste Donte (Jean-Claude Frissung). Après quelques remerciements convenus, l'ouvrier, cabossé et usé par des années de travail à la chaîne, dérape. Il nous dit la dureté du métier, le bruit qui rend fou, la soumission au chef, la vie de famille gâchée... Geneviève Pizzuto (Geneviève Mnich) et Mme Veuve Duchêne (Maryline Even), à laquelle on remet pour son mari la médaille de vermeil à titre posthume, ne diront pas mieux. Entre leurs témoignages accablants, Caroline Bisson (Caroline Gonce), la petite fille de feu le fondateur de l'usine, aujourd'hui directrice de l'action sociale, vante les bienfaits de la pomme de terre pour ses employés et préconise des stages d'amitié (!) tandis que le directeur en sciences sociales (Eric Prat) dresse une typologie du monde ouvrier en distinguant les "Méditerranéens" qu'il conviendrait de renvoyer dans leur pays en charter (!) ...

C'est cynique à souhait et brillamment interprété. Mais il manque une petite folie à la mise en scène de Zabou Breitman pour que le spectacle dérape vraiment et nous embarque. Il manque surtout une touche d'humanité à ces ouvriers malmenés par des années de travail à l'usine pour qu'ils nous touchent. Dommage.

La Médaille (pièce avec chenille) (1h20) de Lydie Salvayre, mise en scène de Zabou Breitman. Au Théâtre du Rond-Point, jusqu'au 9 oct. www.theatredurondpoint.fr

vendredi 10 septembre 2010

*** Gauthier Fourcade - Le Secret du temps plié


Gauthier Fourcade est un poète-humoriste jonglant merveilleusement avec les mots. Son univers subtil, drôle et profond est à découvrir d’urgence.

Gauthier Fourcade est un grand rêveur à la chevelure frisée grisonnante et au visage lunaire. A la manière de Raymond Devos, il jongle avec les mots, manie brillamment l’absurde et nous transporte dans un monde surréaliste, délicat, mélancolique et enfantin.

Dans Le Secret du temps plié, il attend sa femme qui a choisi de ne pas rentrer. Appréhendant une longue nuit blanche, il choisit d’élaborer des théories métaphysiques sur les petites choses de la vie : le temps, l’amour, l’espoir, la mort et surtout l’enfance, cet âge d’or où le temps ne se mesurait pas en années, mais en centimètres « C’était il y a 3 centimètres. J’étais le maître du monde ! »

« Il pleut des cordes et j’ai envie de me pendre », « Quelle est la différence entre le temps qu’il fait et le temps qui passe ? » « Je pensais que le secret du temps plié, c’était un fabuleux trésor, mais ne plus craindre la mort, n’est-ce pas plus précieux que de l’or ? » Chaque phrase de Gauthier Fourcade est une citation qu’on a envie d’apprendre par cœur. Chaque passage du Secret du temps plié est un questionnement philosophique faussement naïf qui éveille notre imaginaire, nous fait rire ou nous émeut pour au final nous réchauffer le cœur. Quel bonheur !

Gauthier Fourcade est sur la scène de La Manufacture des Abbesses jusqu’à la fin du mois de décembre. En plus du Secret du temps plié (le ven. et le sam.), il joue deux autres solos, Le Cœur sur la main (le mer.) et Si j’étais un arbre (le jeu.) A ne pas manquer !

Le Secret du temps plié (1h30) de Gauthier Fourcade, mise en scène de François Bourcier. A La Manufacture des Abbesses, jusqu’au 30 déc. 2010. www.manufacturedesabbesses.com