mercredi 3 février 2010

*** La Menzogna (Le Mensonge)

@Jean-Louis Fernandez

Pippo Delbono est au théâtre du Rond-Point avec sa dernière création, La Menzogna. Un spectacle violent et bouleversant.

Je suis allée voir La Menzogna (Le Mensonge) la semaine dernière. Je n’avais pas eu la chance de le voir cet été à Avignon. Je suis ressortie de la salle sous le choc, bouleversée, incapable d’écrire quoi que ce soit sur ce que je venais de voir. Le lendemain, je me suis replongée dans Récits de juin (I Racconti de Guigno), écrits autobiographiques de Pippo Delbono dans lesquels il raconte son histoire, ses rencontres, ses combats. Aujourd’hui, je continue de m’interroger : pourquoi Pippo Delbono me fascine-t-il autant ?

Le spectacle se termine dans 3 jours. Il est complet. Désolée pour ceux à qui cette chronique donnera envie de le voir…

Le point de départ de la Menzogna est un fait divers réel : la mort de sept ouvriers brulés dans l’incendie de l’usine Thyssen-Krupp à Turin en décembre 2007. A partir de ce drame – évoqué dans la première scène à travers un magnifique ballet lent et silencieux – Pippo Delbono a imaginé un cabaret macabre et funèbre dénonçant l’hypocrisie de la politique, de la télévision, de l’Eglise, de l’économie capitaliste. Des hommes aboient comme des chiens, une prostituée en hauts talons fait un strip-tease forcée par un homme en noir, des curés enferment des femmes dans des placards d’ouvriers. Comme toujours, le corps (fragile, handicapé, nu) est au centre de l’œuvre de Pippo. C’est déroutant, dérangeant, violent, inconfortable.

Mais le théâtre de Pippo Delbono n’est pas qu’un cri de rage impudique. C’est aussi un cri d’amour. Un témoignage de fragilité, d’humanité et surtout de sincérité. Le dernier tableau est à ce titre bouleversant : Pippo est nu, recroquevillé au fond du plateau. Son complice de toujours, Bobo (ce sourd-muet microcéphale interné pendant 45 ans qu’il a sorti de l’asile pour en faire un de ses acteurs fétiches) s’approche. Il lui tend ses vêtements, le prend par la main et l’entraîne sur le devant de la scène. Une chanson de Juliette Greco accompagne ce moment de grâce ; Pippo s’excuse et remercie son père. Fascinant.

La Menzogna (Le Mensonge) (1h30) de Pippo Delbono. Au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 6 fév. www.theatredurondpoint.fr

3 commentaires:

  1. Merci pour ce superbe article que j'aurais aimé écrire ! Avez vous vu le merveilleux film "GRIDO" réalisé par Pippo et qui est le récit de sa rencontre avec Bobo ? C'est aussi un magnifique cri d'amour !
    Sophie Thebault

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  2. Merci beaucoup pour ce si gentil commentaire. Ça fait chaud au cœur :)
    Je n’ai pas vu « Grido », mais j’en meurs d’envie. La relation que Pippo entretient avec Bobo me touche profondément. Mais où puis-je le voir ??? Il n’existe pas en dvd ??

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  3. Merci pour ce beau texte sincère et touchant. A travers tes mots, l'émotion du spectacle m'est remontée d'un coup à la gorge. Che viva Pippo !

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