jeudi 5 novembre 2009

*** Discours de l’Indien rouge / Une mémoire pour l’oubli

@Eric Legrand

Mohamed Rouabhi prête sa voix à deux textes du grand poète palestinien disparu en 2008, Mahmoud Darwich. Admirable.

C’est dans la toute petite salle voutée du sous-sol de la Maison de la poésie que je se joue Discours de l’Indien rouge et Une mémoire pour l’oubli. Si l’on y est pas très bien installé et surtout très serré – mais c’est plutôt bon signe pour le spectacle – on a l’avantage d’y être au plus près de Mohamed Rouabhi et de la poésie terrienne et engagée de Mahmoud Darwich.

La lumière s’allume. Mohamed Rouabhi, tout de blanc vêtu, le visage grave, est assis sur un fauteuil à quelques centimètres des spectateurs du premier rang. Il est un chef indien dressant le bilan de la colonisation. Les mots qu’il prononce sont intenses, engagés, douloureux. Mohamed Rouabhi les dit avec une retenue magnifique et une pudeur bouleversante.

Deuxième poème, autre décor, autre époque mais même violence de la guerre et injustice de l’exil. Nous sommes en août 1982. Dans la chambre exigüe d’un immeuble de Beyrouth Ouest à l’électricité capricieuse, Rouabhi incarne Darwich lui-même. Il dit la guerre, la peur, l’anticipation de la mort et les petits plaisirs que l’on rêve de s’octroyer une dernière fois : un bon café, une cigarette, la lecture de la presse du matin. Pour ce texte d’une grande humanité, qui parle non seulement de la mort mais aussi de la beauté de la vie, le comédien de la compagnie les Acharnés se fait plus doux et plus drôle tout en demeurant incroyablement sobre et élégant.

Avec ce spectacle d’une simplicité rare, Mohamed Rouabhi rend un hommage admirable à Mahmoud Darwich.

Discours de l’Indien rouge et Une mémoire pour l’oubli (1h10) de Mahmoud Darwich, mise en scène de Mohamed Rouabhi. A la Maison de la poésie, jusqu’au 22 nov. www.maisondelapoesieparis.com

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